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Pourquoi la Chine dépense autant d'argent dans le football ?

Plusieurs raisons majeures poussent les chinois  à investir des sommes considérables dans un sport d'origine occidentale. Dans un pays où les dynasties ont toujours prôné une étonnante unité culturelle, le choix du football comme vecteur géopolitique et financier à de quoi surprendre. Mais, connaissant le sens avisé de la stratégie chinoise d'expansion dans le monde, le fait de porter son dévolu sur le sport le plus populaire à travers les cinq continents permet de mieux éclairer une logique implacable qui frise parfois l'indécence. En effet, devant l'ampleur des dépenses engagées, il y aurait de quoi douter de la pertinence de possibles profits. Malgré cela, le président du Xi Jinping, réélu en 2017, maintient inflexiblement sa stratégie. La Chine aura bien sa Coupe du Monde de football à l'horizon 2030. C'est à ce prix que le rêve chinois prend forme et que la République populaire se hisse au plus haut niveau. 

 

 

Une ambition internationale

Lorsque les chinois ont un objectif, ils mettent tout en œuvre pour l’atteindre. Bien des nations ont partagé l'ambition à travers le football de se donner une dimension mondiale, la Chine dépasse tous les standards du genre en prévoyant des budgets considérables. Tant en infrastructures qu'en achats de joueurs étrangers, évoluant dans les championnats domestiques mais aussi, dans la prise d'intérêts des plus grands clubs européens, l'ensemble des capitaux chinois investis dans le football est passé en l'espace de la dernière décade, du 25èmerang au premier ( Reference News China - 2018). Parmi les exemples de la montée en puissance du football au sein de l'Empire du Milieu, notons le club de Guangzhou Evergrande basé à Canton : sept fois champions de Chine de 2011 à 2017, vainqueur de deux Ligues de champions d'Asie en 2013 et 2015. Ce club a eu comme entraîneurs des personnalités telles que Marcello Lippi et Luiz Felipe Scolari, il est la plus puissante équipe capitalisée en bourse en 2017 avec 3,4 milliards de dollars devant le Real Madrid et le FC Barcelone, cf'agence de presse chinoise Xinhua.  De tels investissements irrationnels ont même obligé le gouvernement chinois à prendre des mesures depuis 2018 pour transformer cette inflation galopante en rentabilité réelle. Cependant, cette modération nécessaire et inévitable n'empêche pas l'argent de couler à flots. C'est juste un rééquilibrage entre l'objectif de dominer un sport à fort enjeu tout en sauvant la face afin de ne pas créer un mécontentement local devant la démesure des salaires des principaux acteurs du ballon rond évoluant notamment en Chine. D'ailleurs, le dernier Mercato de l’hiver 2019 n'a pas calmé les ardeurs chinoises avec le transfert pour 20 millions d'euros de la star slovaque Marek Hamsik évoluant au Napoli, lequel a signé un contrat de trois ans pour un salaire de 9 millions d'euros par saison avec le club de Dalian Yifang. 

 

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  Dalian Sports Center et son stade d'une capacité de 61 000 places

La Coupe du monde

 

La Coupe du monde de football revêt un tel enjeu que celui ci n'a plus rien avoir avec le sport. La Fédération internationale de football (FIFA) qui gère les intérêts du ballon rond n'est plus à une contradiction près en misant plus sur le caractère politique et financier de ses décisions que sur la beauté de ce sport universel. Avec le choix de la Russie en 2018, puis du Qatar en 2022 et finalement du projet United 2026, regroupant les candidatures des États-Unis, du Canada et du Mexique pour la 23ème édition, la FIFA jongle habilement entre géopolitique et pragmatisme. Comment alors ne pas supposer que la Chine longtemps laissée à l'écart de ce jeu diplomatique ne va pas tenter de frapper un grand coup dès 2030 ? Le géant chinois vise à remettre en cause le leadership américain dans tous les domaines,  il est donc impensable qu’il reste à l’écart de la lutte pour la domination d'un sport qui touche lors de la Coupe du monde une audience de 1,2 milliards de téléspectateurs. A l'heure où l'affirmation de sa superpuissance manque parfois de séduction tant le rouleau compresseur économique chinois exacerbe à bien des niveaux les autres pays, la réussite des Jeux Olympiques de Beijing en 2008 avait permis le retour sur le devant de la scène d'un pays en plein renouveau. Par le sport, les dirigeants chinois ont compris que leurs offensives économiques s'en trouveraient mieux acceptées, quitte à s'accaparer la formule de "soft power". Du coup, les stratégies de partenariat, de rachat de clubs européens, les investissements de ces dernières années à tous les niveaux du football mondial à travers un intense travail de lobbying et d'influence, montrent à quel point la Chine prépare minutieusement son arrivée au sommet en remportant le vote de la FIFA en 2030. 

 

 

Des sponsors à l'assaut du monde

 

Tandis que la Chine rayonne par ses échanges commerciaux et sa pleine réussite en matière d'exportation, au moment où des entreprises commerciales chinoises comme Alibaba Group et Wanda Group viennent prendre des parts de marché aux américains, le football est aussi le terrain d'un âpre bras de fer entre les géants du secteur de la consommation. Selon l'agence Euromericas Sport Marketing laquelle a évalué courant 2018 l'activité économique générée par le secteur footballistique, la barre symbolique des 1 000 milliards de dollars est frôlée annuelement. C'est bien plus que le PIB de la Malaisie, pourtant classée 26èmepuissance mondiale par le Fonds monétaire international la même année. La récente envolée des droits télévisuels dans la plupart des championnats majeurs, des coûts des sponsors, des contrats des joueurs, des installations indispensables pour pérenniser de tels investissements, les très nombreuses activités qui en découlent de façon directe ou indirecte indiquent l'émergence de la Chine. L'Asie devenue addict du ballon rond fait s'envoler les perspectives de ce sport,  Il n'en fallait pas davantage pour que les entreprises chinoises spéculent. Depuis 2016, des milliers d'écoles de football se sont ouvertes, suite à la décision du pouvoir en place de rendre la pratique de ce sport obligatoire pour les enfants. C'est toute l'économie chinoise qui a emboîté le pas des responsables politiques et s'est accaparée les plus hautes instances en impliquant les plus grands groupes chinois parmi les sponsors principaux de la FIFA. Les signatures de partenariat avec l'organe dirigeant du football mondial visent directement à faire main basse à l'échelle planétaire sur l'un des plus beaux fleurons de la publicité. La caisse de résonnance du football doit permettre à la Chine d'asseoir sa suprématie face aux américains. 

 

Le football est devenu depuis plusieurs années le sport des riches et des puissants. Si la Chine s'invite sur ce terrain, c'est parce qu'elle détient une partie considérable des capitaux mondiaux et qu'elle trouve l'occasion de se façonner une image, tout droit sortie d'une agence de marketing. Les dix plus gros entrepreneurs chinois ont tous acheté un club de football de leur championnat domestique. Grâce à des moyens quasi illimités, l'empire chinois s'offre le droit de chasser sur les terres occidentales. A ce rythme, la monnaie de demain pour le football ne sera pas le dollar, ni l'euro mais bien le yuan. 

 

Thomas Beamonte

 

contact: sportresourcesandco@gmail.com

 

 

 

 

 

Coupe du Monde féminine de football 2019 : une fête financière

Du 7 juin au 7 juillet 2019, la France accueillera la huitième édition de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA. Les vingt-quatre pays qualifiés, dont la France en tant que pays hôte, vont se disputer un titre mondial qui n'aura jamais autant soulevé l'intérêt du public et surtout des sponsors. Dans une ambiance cosmopolite, les cinquante-deux rencontres prévues au programme seront l'occasion pour les médias du monde entier de se faire l'écho d'un évènement international qui monte en puissance. En effet, au-delà du sport, les enjeux financiers sont conséquents. C'est l'opportunité parfaite pour créer un nouveau terrain de jeu économique.

 

A l'égal des hommes


Neuf villes ont été retenues pour le sérieux de leur dossier, ce sont les plus beaux écrins des enceintes sportives françaises. En effet, telles les équipes masculines, les équipes féminines pourront jouer dans des stades illustres. Les équipes nationales féminines bénéficieront de ce qu'il y a de mieux en matière d'organisation. Le match d'ouverture est prévu le 7 juin 2019, à Paris, au Parc des Princes dont la capacité est de 49 690 spectateurs. La finale, le 7 juillet, se tiendra au stade de Lyon, pouvant contenir les jours d’affluence 59 286 personnes. La billetterie mise en place depuis le 19 septembre dernier par la fédération sportive internationale du football (FIFA) va pourvoir 1,3 millions de places. Bien souvent vendus sous forme de pack, les précieux sésames sont commercialisés par des moyens identiques aux plus grands clubs professionnels, incluant l'appui local et les capacités marketings. Ainsi, rien n'est laissé au hasard afin de remplir les stades, tant au niveau des prix étudiés à la loupe pour plaire au plus grand nombre, que des moyens publicitaires mis en place pour assurer la réussite de cette opération. Les budgets alloués pour le soutien de la compétition sont dignes des clubs les plus puissants du ballon rond. C’est de l'ordre de 65 millions d'euros, juste du côté de l'organisation française, l'échelle des moyens mis en œuvre souligne que le football féminin a définitivement tourné la page de l'amateurisme.

 

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Parc Olympique lyonnais (ou Groupama Stadium) lieu de la finale dimanche 7 juillet 2019

 

Coup de génie marketing


Directement liée à l'enjeu économique, cette Coupe du Monde a pour vocation de devenir le fer de lance d'un football en quête de nouveaux débouchés. Nous sommes loin dorénavant des premiers balbutiements des années 1970-1980 lors de la première Coppa del Mondo. Peu à peu, les dirigeants de la FIFA ont compris qu'en mettant en place une compétition officielle, réunissant les meilleures sélections féminines mondiales tout les quatre ans, juste après la coupe masculine, il était nécessaires de remplir le calendrier et d'accumuler des profits supplémentaires. Comme dans d'autres sports tels que le tennis ou le basket-ball, les femmes ont une place à prendre qui va bien au-delà du simple argument sportif. Les médias notamment français l'ont compris, puisqu'à l'occasion de l'édition 2019, la première chaîne, en part d'audience, TF1 (en partenariat avec Canal+) diffusera l'intégralité de la compétition. TF1 espère ainsi capter l'engouement populaire, comme ce fut le cas lors de la dernière finale de cette compétition en 2015 qui s’est tenue au Canada, entre les États-Unis et le Japon. A l'époque, les deux pays présents à ce stade de la compétition, eurent des taux d'audience considérables sur leur marché domestique respectif (près de 40 millions de téléspectateurs au cumul). Ces chiffres marquèrent les esprits et contribuèrent à l'intérêt croissant des différents partenaires qui subventionnent la Coupe du monde masculine (plus de dix milliards d'euros lors de l'organisation du mondial 2018 en Russie). Avec la participation des pays les plus riches de la planète tels que les États-Unis, la Chine, l'Allemagne ou le Japon, la FIFA a parfaitement réussi son coup d ‘essai en réunissant, dans la même compétition, des nations dont les moyens de consommation sont gigantesques.

 

 Les sponsors gagnent toujours

La compétition 2019 fait la part belle aux marques et aux diffuseurs puisque le football féminin offre d'autres possibilités en matière de public et donc de consommateurs potentiels que son homologue masculin. En laissant la France organiser la compétition, la FIFA s'est assurée de sa réussite car elle a plusieurs fois fait ses preuves dans un passé récent (Coupe du monde de football 2018, Championnat d'Europe de football 2016). Les grandes entreprises ne peuvent plus laisser passer de pareilles occasions de mettre en valeur leur image tant il est de plus en plus compliqué d'asseoir sa notoriété à travers un évènement planétaire à des coups raisonnables. A l'heure du XXIèmesiècle, le football féminin offre dès à présent aux sponsors les plus puissants un nouveau terrain de chasse. Ces dernières années, cette compétition a tellement renforcée son pouvoir de séduction qu'elle est devenue l'un des évènements les plus marquants de l'année. Tels que de grands groupes de diffusion comme l'américain FOX, l'anglais BBC, de puissants sponsors ont d'ores et déjà pris rendez-vous en signant avec la FIFA des partenariats importants sur plusieurs années. Le football féminin peut ainsi se targuer d'attirer des firmes comme : l'allemand Adidas, les entreprises américaines Coca-Cola Company et Visa, le constructeur automobile coréen Hyundai Motor, la compagnie aérienne Qatar Airways, ou encore le groupe chinois Wanda Group. Autant d'atouts qui seront complétés localement par six sponsors nationaux français dont SNCFEDFCrédit Agricole lesquels moyennant un ticket d'entrée d'un million d'euros pourront participer à la fête en appuyant le comité d'organisation en échange d'un affichage publicitaire à moindre frais, notamment sur des panneaux led des stades.  


Tandis que près de cinq cent joueuses de football vont affluer sur le sol français dès le mois de juin, il est permis de croire que les quelques dix millions de spectateurs attendus à cette occasion feront de la Coupe du monde de football féminin 2019 une réussite commerciale et financière. La visibilité grandissante de ce sport fait que l'on y parle de plus en plus d'argent. Un terrain moins encombré et porteur de valeurs nouvelles, comme les annonceurs l'ont compris en occupant cet espace avec un pragmatisme assumé. 

 

Thomas Beamonte

contact : sportresourcesandco@gmail.com